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THIEULÂM PRÉSENTATION
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Généralités sur l’historique de l’Art Martial au Vietnam
Par Christophe CERVANTEZ

Contrairement à ce que l’on peut rencontrer en Chine, il existe très peu de comptes-rendus sur l’historique de l’Art Martial vietnamien, peut-être tout simplement parce que la diffusion des différents styles qui le compose reste encore aujourd’hui assez confidentiel en dehors du Vietnam.
Les termes employés aujourd’hui en occident pour désigner les groupements qui dispensent un enseignement du Vo (pratique martiale) sont de création récente, du moins dans leur association (Viet Vo Dao, Qwan Ki Do, Vô Vietnam…). 
Au Vietnam, l’appellation la plus utilisée était celle de Vo-thuat qui désigne « l’art de pratiquer les techniques martiales ».

Contrairement à ce que nous connaissons aujourd’hui en Occident (nombre important de clubs avec quantité de pratiquants, fédérations…), ce type de structuration n’a jamais existé au Vietnam, jusque dans un passé récent. Ce n’est que dans les années 1960 que sont apparues certaines tentatives d’unification afin de promouvoir le Vo traditionnel face au développement important de disciplines étrangères dans ce qui était alors le Sud Vietnam.

La pratique du Vo, notamment pendant la période coloniale, est toujours restée très secrète et cet état de fait s’est plus ou mois prolongé après 1955 (indépendance et césure du pays en deux parties antagonistes). Ceci a permis l’éclosion rapide, dans les villes du sud, d’Arts Martiaux venant de Corée et du Japon (ces derniers étant implantés depuis la Seconde Guerre mondiale).

De ce fait, l’Art Martial national continuait lui d’être pratiqué presque confidentiellement en ne s’ouvrant que très peu au public.

Jusque dans les années 1950, le Vô est resté, avant tout, le fait de « Maîtres de villages » qui n’enseignaient qu’à un nombre réduit d’élèves. Il s’agissait aussi parfois d’une pratique effectuée dans le cadre familial par des familles aisées qui conservaient jalousement les techniques de leur école à l’exclusion de toute autre personne. D’autre part existait aussi une pratique plus disparate qui était le fait de comédiens ambulants, de moines itinérants ou de guérisseurs et marchands ambulants de plantes médicinales traitées selon le mode traditionnel.

Ce rapide tableau nous montre combien la pratique du Vo, jusqu’à une époque toute récente, était bien éloignée de ce que nous connaissons aujourd’hui. Il ne s’agissait alors pas d’une simple passion (et encore moins d’un loisir !) mais bien d’un enseignement fait par tradition et par nécessité pour les villageois ou ambulants divers qui devaient parfois affronter des bandits ou des pirates au prix de leur vie.

Cette disparité dans la pratique explique, pour une part, le fait qu’il y ait tant d’écoles, de styles, elle permet aussi de comprendre pourquoi il existe des appellations différentes, souvent imagées, pour une même technique. A une époque où le répertoire technique d’une école devait rester secret, il était normal que les Maîtres cherchent à dissimuler leur savoir pratique et théorique derrière une nomenclature imagée, sinon poétique qui ne dévoilait pas (sauf pour l’initié) le mécanisme de la technique ni son application. Les rares documents écrits l’étaient d’ailleurs le plus souvent en caractères chinois ou sino-vietnamiens et ne pouvaient donc être déchiffrés que par de rares lettrés.

Ceci nous amène à discuter du rapport entre le Vo et la boxe chinoise.


Influences réciproques de l’Art Martial vietnamien et chinois



Souvent le Vo est cité en référence aux Arts Martiaux chinois comme s’il n’en constituait qu’un sous-produit. Or le Vo est intimement lié à l’histoire du peuple vietnamien qui sut, à travers de dures épreuves, le rendre toujours plus performant en le remodelant sans cesse.

Néanmoins, il est tout aussi indéniable que les arts du poing chinois ont influencé la pratique martiale vietnamienne (comme ils l’ont fait pour d’autres pays asiatiques) et que certaines écoles vietnamiennes anciennes (THIEU LAM, BACH MY PHAI…) ou actuelles (QWAN KI DO, école HOANG-NAM) trouvent directement leurs sources en Chine.

Nombreux furent les Maîtres chinois à s’installer au « Pays du Sud », mais tout aussi nombreux furent les Maîtres vietnamiens à effectuer une pérégrination martiale en Chine.

Les relations avec la Chine, qui remontent à des temps lointains, ont donné de meilleurs résultats sur le plan de l’échange culturel par région historique et géographique. En effet, au Vietnam sont plus diffusés les styles d’origines chinoises dans les villes comme HO CHI MINH CITY (Saigon) dans lesquelles est présente une forte immigration chinoise.

Une des principales vagues d’immigration se vérifia à partir de la seconde partie de XVII siècle, avec l’avènement au pouvoir de la dynastie CHING (1644), d’origine Mandchoue, et fut constituée principalement par les soutenants à la dynastie MING déchue.

Le dernier flux migratoire se déroula entre la fin des années 30 et les années 50 du XX siècle, dans un premier moment à cause de la guerre sino-japonaise (1937), et successivement à cause des dramatiques évènements qui portèrent à l’arrivée au pouvoir de MAO (1949).

La présence des Maîtres chinois a une influence importante sur l’évolution des styles autochtones, mais d’autres parts les styles chinois en terre vietnamienne ont subis un processus de « vietnamisation » qui les ont différenciés des enseignements originaires.

On peut cependant noter la propension des styles sino-vietnamiens à s’organiser autour de communautés d’origine strictement chinoise. Ainsi, même s’il n’existe pas au Vietnam d’association regroupant les arts martiaux sino-vietnamiens au niveau national, on peut trouver des associations locales qui regroupent des pratiquants provenant de différentes zones de la Chine, (Canton, Shanghai…).

A HO CHI MINH CITY (Saigon), par exemple, chaque groupe ethnico linguistique a sa propre école et sa propre salle d’entraînement. Il existe en outre l’association TINH VO MON (La porte du magnifique Art Martial), née de l’idée d’unifier différents groupes ethniques, dans laquelle se pratiquent principalement les styles du Nord Vietnam.

Pour donner une idée du style d’échange martial qui a pu se produire entre la Chine et le Vietnam, on peut rapporter le cas du style THIEU LAM CHU GAI.

Le THIEU LAM CHU GAI (SHAO-LIN ZHOU GAR, de la famille ZHOU) fait parti des systèmes de combat à qui il est possible d’attribuer la dénomination générique de « style du sud ».

La naissance du style CHU GAI est due au Maître CHU LONG, né durant la moitié du XIX siècle dans un village des alentours de Canton. Après avoir pratiqué le style HUNG GAR sous la conduite de son oncle pendant 5 ans, il s’installe à Singapour, où il rencontre un moine, Maître de CHOY GAR, avec lequel il s’entraîne pendant 7 ans.

Le Maître CHU LONG retourne ensuite dans son village natal, où il ouvre une école d’Arts Martiaux, dans laquelle il enseigne une synthèse des 2 styles, c’est ainsi que naît le style CHU GIA.

Par la suite, le Maître CHU LONG fut choisi pour enseigner les arts martiaux dans l’armée régulière. Dans la même période, il ouvre une salle à Canton, son nom devient bien connu dans toute la région.

Le commandant LY PHUC CAM le présenta au maître de WING CHUN, TRINH HOA, et entre les deux s’établit un échange de techniques. Ainsi le style CHU GIA s’enrichit de précieux éléments provenant du WING CHUN, que le Maître CHU LONG introduisit principalement dans les formes les plus avancées.

Le style CHU GIA parvient au Vietnam grâce à l’enseignement du Maître LUU PHU, né aux alentours de Canton en 1909 et décédé en 1971 à HO CHI MINH CITY (SAaigon). Celui-ci commença dès son plus jeune age à pratiquer le style CHU GIA sous l’enseignement du Maître CHU BUU, un des « confrères » de Maître CHU LONG, et grâce à un entraînement assidu il eu l’honneur de pouvoir enseigner dans la salle de son Maître.

Il y resta jusqu’en 1937 lorsque la guerre sino-japonaise l’obligea à se réfugier au Vietnam, où il commença à diffuser son style.

Dans un premier temps, le style CHU GIA fut pratiqué exclusivement au sein des communautés chinoises au Vietnam, et seulement après 1975 il fut enseigné à certains élèves vietnamiens.

L’élève direct du Maître LUU PHU fut le Maître SUI DAU, qui enseigna jusqu’à sa mort, en 1991, laissant l’héritage du style THIEU LAM CHU GIA au Maître TRAN NGOC DINH.


L’Art Martial Vietnamien migre en France


Les années 1950 à 1970 voient l’exode d’une partie de la population vietnamienne fuyant les guerres et privations.

A l’instar de ce qu’on a connu quelques années auparavant avec les migrants chinois, on parlera de diaspora vietnamienne formant des communautés très fermées dans les différents pays occidentaux.

Parmi cette population, des Maîtres ayant fuit leur pays se mettent à enseigner, d’abord à d’autres Vietnamiens, puis les années passant, à des pratiquants occidentaux.

Historiquement, les liens liant la France au Vietnam en ont fait une terre d’accueil privilégiée et ce n’est donc pas un hasard si ce sont des ressortissants vietnamiens de cette époque qui développèrent l’Art Martial sino-vietnamien, voire chinois, dans notre pays.

On peut citer quelques Maîtres ayant marqué cette époque :


Maître NGUYEN TRUNG HOA,
, né en 1914 et décédé en 1975, il commencera son apprentissage par le THIEU LAM avant d’étudier d’autres styles vietnamiens ainsi que des pratiques taoïstes. Emigré en France durant la seconde guerre mondiale, il commencera à enseigner dans les années 50 le KARATE. En 1965 avec un groupe de Maîtres vietnamiens, il crée le VODA Club pour « se sentir comme là bas au Vietnam » mais ce n’est qu’à partir des années 70 qu’il enseignera ouvertement les techniques de combat vietnamiennes à des élèves occidentaux.
Maître PHAM XUAN TONG

élève du célèbre Maître vietnamien DAI SU CHAU QUAN KY, il apprend différents styles dont le THIEU LAM NAM PHAI. Auprès de son grand-père, il se perfectionne dans la pratique d’anciens styles vietnamiens. En 1968 il doit se rendre à contre cœur en France pour terminer ses études. Il y enseigne l’Art Martial jusqu’à réaliser en 1981 sa synthèse personnelle, le QWAN KI DO.

Maître HOANG NAM

considéré comme le précurseur du Kung-fu en France, il commence pourtant sont enseignement en France, comme d’autres Maîtres vietnamiens, en transmettant des techniques de KARATE. Sa formation initiale comprenait le THIEU LAM, appris auprès du Grand Maître WONG TSE. Il formera durant sa vie de nombreux élèves qui ne sauront pas toujours par la suite lui rendre hommage, préférant sans doute se réclamer d’un enseignement plus directement chinois…

SI KUNG N’GUYEN PERSON Michel

Emigré du Vietnam dans un premier temps en Suisse avant de rejoindre la France, il reçoit un enseignement traditionnel dans le style THIEU LAM par son oncle. Cet enseignement sera complété par l’étude des principaux styles du sud de la Chine très proches techniquement du THIEU LAM. Dans la fin des années 1970 il ouvre une école à Lyon prémisse de la future école du PHENIX. En 1992, il forme le « Cercle THIEU LAM », fédération de l’ensemble des écoles de son style.

Reconnaissant sans hésitation son attachement à l’origine chinoise de son Art, (Shaolin, Siulam, Thieu lam, 3 mots pour un même Art !), il est un des acteurs prépondérants dans l’avenir du Kung-fu Français.


     
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Le Kung-fu THIEU LAM,
exemple du développement réussi d’une école sino-vietnamienne
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Nous nous en tiendrons à un rapide historique de l’école du Pontet « USP Kung-fu THIEULAM », une des plus importante du Cercle par son impact et son nombre d’adhérents.

Créeé en juin 1987, elle démarre son activité martiale en septembre avec comme enseignant l’actuel SIFU CABROL Jean Paul .

Elle s’appellera tout d’abord « Vaucluse THIEULAM » avant de rejoindre les associations sportives de la ville prenant ainsi son nom définitif : « Union Sportive Pontétienne Kung-fu Thieulâm ».

D’un point de vu matériel, les débuts son laborieux, les cours se tenant dans la « salle du lac », salle partagée avec d’autres associations ce qui obligeait à installer en début de semaine le matériel pour l’enlever en fin de chaque semaine. Dans cette salle, pas de tatamis, les chutes se font à même le carrelage ou, au mieux, sur des plaques d’aggloméré !

Malgré cela, le succès est immédiat :
- 42 inscrits au premier entraînement
- 80 en fin de saison
- 120 au début de la saison suivante
- plus de 200 élèves aujourd’hui

Un tel effectif est très rare pour une école de Kung-fu et place d’emblé l’école du Pontet comme une des plus importante de France.

En 1989, le succès aidant, une salle spécifique peut être louée qui sera entièrement aménagée par les élèves de l’école.

C’est aussi l’époque des premières compétitions sportives au sein de la FFKWS, ainsi que des premières victoires en technique et en combat.

En 1990 l’école se voit décerner le titre de meilleure école de France par la FFKWS symbolisé par le « Chuan d’or ».
Cependant le partenariat avec la FFKWS tourne court, la vision fédérale de la pratique du Kung-fu n’ayant plus de rapport avec l’attachement aux principes traditionnels du THIEU LAM.

C’est alors l’occasion de créer le « Cercle THIEU LAM », fédération de l’ensemble des écoles THIEU LAM, dont le tournoi technique est la plus belle des vitrines.

L’école du Pontet y remporte sans coup férir le titre de meilleure école du Cercle.

L’aventure fédérale se poursuit à partir de 1997 avec la FFKAMA et, les compétitions venant, les élèves du PONTET apportent la preuve que l’enseignement dispensé dans l’école suffit pour se hisser au niveau des meilleurs pratiquants français.

Mais les mêmes vicissitudes que celles constatées avec la FFKWS, incitent l’école à quitter la FFKAMA pour tenter l’aventure d’une fédération qui serait vouée à l’Art Martial chinois plutôt que de rester sous la tutelle d’une fédération du KARATE peu à l’écoute des demandes des pratiquants de Kung-fu.

Ce nouvel épisode fédéral est considéré par l’école du Pontet (comme par toutes celles du Cercle) avec philosophie, l’essentiel résidant dans l’enseignement traditionnel farouchement défendu par le Cercle et ses écoles et non pas dans les participations à des activités sportives.

Traditionnel ne veut pas dire figé, et c’est à l’initiative du Sikung CABROL que nous devons en 2003 la mise au point d’un nouveau programme pour les écoles THIEU LAM, visant à rationaliser encore un peu plus l’enseignement dispensé.

Forte du dynamisme du Sikung CABROL et de l’encadrement de ses nombreux anciens, l’école du Pontet à devant elle de beaux jours en perspective.